Enlever des huitres pour restaurer les vasières

Dans la baie de l'Aiguillon, à la frontière de la Vendée et de la Charente-Maritime, des huîtres japonaises, Magallana gigas, colonisent d'anciennes structures utilisées pour la culture des moules et des huîtres avec des conséquences sur le fonctionnement naturel de la baie. Les gestionnaires de la réserve naturelle nationale - Ligue pour la protection des oiseaux et Office français de la biodiversité - en partenariat avec le parc naturel régional du Marais poitevin expérimentent des travaux pour enlever ces importants gisements d'huitres et restaurer les vasières de la baie, un habitat essentiel pour la nourriture des oiseaux d'eau.

Des vasières indispensables pour les oiseaux d'eau

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Barge à queue noire

© Jean-Philippe Siblet - CC by NC SA

La baie de l’Aiguillon est un site d’importance internationale pour l’accueil des oiseaux d’eau migrateurs et hivernants comme l'Avocette élégante, la Barge à queue noire, le Bécasseau maubèche...

Après l'abandon progressif, dans les années 1960, de la culture de moules et d'huitres à l'amont de la baie, les anciens aménagements pour la culture (tables à huîtres et pieux de bouchots) ont servi de support au développement d’huitres japonaises (Magallana gigas). Elles recouvrent près de 400 hectares de vasières qui ne sont plus favorables aux oiseaux d'eau : impossible pour eux de trouver leur nourriture dans ces gisements d'huitres, très denses, appelés localement crassats.

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Un crassat

© Thomas Jouanneau / PHONIC LIPS

La réserve naturelle nationale de la baie de l'Aiguillon a inscrit dans son plan de gestion des travaux expérimentaux pour enlever ces gisements et recréer ainsi un habitat favorable aux oiseaux d'eau. Le projet est confié à la Ligue pour la protection des oiseaux. Il fait partie d'un programme d'actions plus large qui bénéficie d'un financement européen « Life Baie de l’Aiguillon ». L’agence de l'eau Loire-Bretagne apporte une subvention de 150 000 euros, soit 70 % des travaux de restauration (2e phase), dans le cadre de son appel à initiatives 2020 pour la biodiversité marine et littorale.

Innover pour restaurer les vasières

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© Réserve Naturelle Nationale de la baie de l’Aiguillon

Intervenir en milieu marin sur un substrat très mou, se déplacer dans l'eau et sur les sédiments, pour enlever les huitres, les tables à huitres et les pieux de bouchots n'est pas chose facile. Deux machines sont créées pour enlever et broyer sur place les coquilles, avec l'objectif de ne laisser aucun support qui permettrait une nouvelle colonisation des vasières par les huitres.

Un premier chantier, de septembre 2019 à février 2020, traite environ 80 mètres linéaire et 273 m3 par marée. Un second chantier, de l’automne 2020 à février 2021, permet, grâce aux innovations mises en place par l’entreprise, d'augmenter le rendement : 200 mètres linéaire et 377 m3 de gisements d’huîtres sont broyés par marée. Et une expérimentation de valorisation du produit issu du broyage est en cours (compost et matériaux).

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© Réserve Naturelle Nationale de la baie de l’Aiguillon

Au total une centaine d’hectares sont restaurés et près de 30 tonnes de tables à huitres sont recyclées. La restauration des vasières devrait se poursuivre avec un troisième chantier prévu en septembre 2021, dans le cadre du plan France relance.

2021 sera aussi consacrée au suivi et à l'évaluation de l'efficacité des travaux : suivi de la recolonisation par la macrofaune benthique1) des vasières restaurées, étude sédimentaire et morphologique, surveillance de la non-recolonisation par les huitres japonaises. Les premières constations de septembre 2020 sont encourageantes : aucune larve  d'huitre n'a été décelée sur les débris de coquilles restées sur place après le broyage et des oiseaux sont de retour.

Photo de Jean-Pierre Guéret

Jean-Pierre Guéret

© Réserve naturelle de la baie de l'Aiguillon

 « L’objectif de restaurer 100 hectares de vasière a été atteint à l’issue de la deuxième phase de chantier. Le suivi post-travaux de la macrofaune benthique1) et des sédiments réalisé en 2021 nous permettra d’évaluer la pertinence de cette action expérimentale. »

Jean-Pierre Guéret, conservateur de la Réserve naturelle nationale de la baie de l’Aiguillon. 

1) la macrofaune benthique est l'ensemble des animaux visibles à l'œil nu (vers, mollusques, crustacés...) qui peuplent le fond des mers, des cours d'eau et ici de la vasière.

La baie de l’Aiguillon est la façade maritime du Marais poitevin. Classée en réserve naturelle nationale, elle constitue un vaste ensemble naturel d'environ 5 000 ha composé de milieux remarquables, principalement des vasières et des près salés. Elle accueille une biodiversité exceptionnelle.

Localisée à l’aval du Marais poitevin, elle est partagée entre la Vendée et la Charente-Maritime. Son caractère maritime et humide lui confère un intérêt primordial pour l’accueil des oiseaux d’eau migrateurs et hivernants.

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