Alimentation en eau potable

La qualité de l'eau potable dépend directement de la qualité de l'eau brute. Ces retours d'expériences montrent comment un travail collectif engagé entre agriculteurs et gestionnaires de l'eau permet de réduire durablement les pollutions diffuses et de sécuriser la ressource, avec l'accompagnement de l'agence de l'eau Loire-Bretagne.

Vidéos de retours d'expériences

Implantation de couverts végétaux sous céréales avant moisson sur l’Arguenon

Comment un travail collectif engagé depuis 20 ans entre agriculteurs et élus a permis de diviser par deux les taux de nitrates et de pesticides dans l'eau potable. Le barrage de l'Arguenon, dans les Côtes d'Armor, stocke 11 millions de m³ d'eau et alimente 220 000 habitants, un tiers du département. Pour réduire la pollution de l'eau brute avant traitement, le Syndicat Mixte Arguenon-Penthièvre a mis en place, avec la Chambre d'agriculture de Bretagne, un groupe de pilotage réunissant élus et agriculteurs. Depuis 3 ans, les céréaliers du bassin innovent en implantant leurs couverts végétaux (phacélie, moutarde, radis chinois) avant la moisson plutôt qu'après, grâce à un semoir spécifique de 24 mètres financé par le syndicat, ce qui permet de capter l'azote plus tôt et de limiter le lessivage vers les cours d'eau. Résultat, en moins de 10 ans : les taux de nitrates et de pesticides à l'usine de traitement ont été divisés par deux.

Implantation de couverts végétaux sous céréales avant moisson sur l’Arguenon

Vidéo - Implantation de couverts végétaux sous céréales avant moisson sur l’Arguenon

novembre 2019

© Agence de l'eau Loire-Bretagne / Une Image à part

Implantation de couverts végétaux sous céréales avant  moisson
Syndicat mixte Arguenon-Penthièvre (SMAP 22)

 

Voix-Off : Cet immense barrage, au bord de l’Arguenon, le fleuve côtier qui se jette dans la Manche, retient la plus importante réserve d’eau des Côtes d’Armor. 11 millions de mètres cubes d’eau peuvent y être stockés. Cette retenue alimente 220 000 habitants en eau potable, un tiers du département. Le traitement, la qualité de l’eau, c’est donc un enjeu majeur pour le syndicat mixte Arguenon-Penthièvre, gestionnaire de ce site.

Ici, avant traitement, l’eau arrive chargée de nitrates, de pesticides et de tonnes de terre.

 

Michel Raffray, Président / Syndicat mixte Arguenon-Penthièvre
Ici, c’est relativement simple. On enlève toutes les matières grossières qui sont dans l’eau. À peu près 8 tonnes de terre, de matière tous les jours. C’est énorme donc il faut qu’on essaye d’en limiter l’apport.

 

Voix-Off : Et justement, pour obtenir une eau brute moins polluée, en amont du barrage, les élus du syndicat et les acteurs du monde agricole ont monté un groupe de pilotage. Ils travaillent ensemble depuis 20 ans, dans ce bassin où les céréales occupent environ la moitié de la surface agricole.

 

David Bouvier, conseiller agronome / Chambre d’agriculture de Bretagne
Comme partout en Bretagne, on est sur des territoires avec un réseau dense de cours d’eau. Il y a des interactions obligatoirement entre les cultures et les rivières. Et donc c’est pour cela qu’on met en place des couverts végétaux pour capter l’azote et le mettre dans les plantes plutôt que de le laisser partir dans les rivières.

 

Voix-Off : Le couvert végétal, c’est un semis de Phacélie, de moutarde ou de radis chinois. Des plantes qui, après la récolte de céréales, vont donc couvrir, protéger le sol, limiter le lessivage de l’azote et l’érosion des sols, favoriser la biodiversité.

 

Guy CORBEL, agriculteur / Trémeur (22)
On a semé 48h avant la moisson donc on a un couvert là, qui est déjà bien levé.

 

Voix-Off : Ici, il est utilisé ici, depuis une dizaine d’années. Mais depuis 3 ans, les producteurs ont innové et implanté les couverts végétaux avant la moisson.

 

David Bouvier, conseiller agronome / Chambre d’agriculture de Bretagne
Pour qu’ils soient efficaces il faut qu’ils soient semés le plus tôt possible. En semant tôt, ils profitent des conditions de températures et d’ensoleillement de l’été pour vraiment pousser et protéger le sol.

 

Guy CORBEL, agriculteur / Trémeur (22)
Quand on couvre notre sol entre chaque culture, on a une terre qui est beaucoup plus facile à travailler, des cultures de meilleure qualité, une absorption de l’azote qui est excellente et puis derrière, voilà, une eau qui est de meilleure qualité tout simplement.

 

Voix-Off : Pour implanter ces couverts végétaux avant la récolte, les céréaliers du bassin utilisent un semoir de 24 mètres d’envergure, financé par le syndicat, conçu et fabriqué dans cet atelier breton.

 

Yves Marie Devrand, Directeur Entreprise Devrand / Concepteur du semoir Maxi Couv’
Il faut que le semoir soit positionné aux alentours d’1 mètre, 1,50 mètre au-dessus de la récolte. On a mis une bâche sous le tracteur, pour que la bâche puisse glisser et ne pas casser les épis de céréales. On participe, à notre échelle, à l’amélioration de l’environnement.

 

Voix-Off : Guy Corbel et les céréaliers sèment ainsi plus de 12 hectares à l’heure,
le temps de travail est réduit, tout comme les pollutions diffuses.

 

Guy CORBEL, agriculteur - Trémeur (22)
Si l’on veut continuer à garder des exploitations en Bretagne, il faut absolument qu’on ait une performance environnementale au niveau de l’exploitation qui soit à la hauteur parce que l’enjeu est quand même très important.

 

Voix-Off : Et le travail de fond, collectif, engagé, avec les agriculteurs et les élus, est payant. À l’usine de traitement, en moins de 10 ans, les taux de nitrates et pesticides ont été divisés par 2.

 

Michel Raffray, Président / Syndicat mixte Arguenon-Penthièvre
On a des résultats intéressants, on ne peut faire avancer et accepter des démarches que si chacun y retrouve son compte. Et c’est au fil du temps qu’on a découvert qu’on était assez unique dans la démarche, qu’on a créé un climat de confiance qui nous a permis d’avancer. On est prêt à exporter notre savoir-faire.

Sensibilisation et opération foncière pour préserver la ressource en eau

Comment une régie des eaux mobilise agriculteurs et élus autour d'une politique foncière pour protéger huit captages d'eau potable prioritaires. Dans l'est mayennais, où nitrates et pesticides dégradaient la qualité de l'eau, la Régie des eaux des Coëvrons pilote depuis 2010 un contrat territorial de lutte contre les pollutions diffuses sur 8 captages prioritaires, en Sarthe et Mayenne. Sur les secteurs les plus sensibles, comme l'aire d'alimentation du captage de Vaubourgueil, la régie achète des terres qu'elle propose ensuite en location aux agriculteurs via des baux ruraux environnementaux, avec des clauses adaptées à la parcelle. Elle accompagne également des essais agronomiques innovants, comme chez Germain Gougeon, agriculteur bio à La Bazouge de Cheméré. Coût des derniers chantiers : 1,8 million d'euros, financés à 60 % par l'agence de l'eau Loire-Bretagne. Bilan : les taux de nitrates n'augmentent plus sur 4 des 8 captages, et depuis 2016, 250 hectares de couverts végétaux multi-espèces sont semés chaque année, ainsi que 14 km de haies bocagères plantées.

Sensibilisation et opération foncière pour préserver la ressource en eau

Vidéo - Sensibilisation et opération foncière pour préserver la ressource en eau

La Régie des eaux des Coëvrons mène des opérations foncières pour protéger l’eau dans les aires d’alimentation de huit captages d’eau potable prioritaires dans la Sarthe et la Mayenne.

© Une Image à part / Agence de l'eau Loire-Bretagne

Voix-off : 2010. Au cœur du bocage mayennais. Sur ce territoire agricole, de polyculture et d’élevage, le constat est sans appel : nitrates et pesticides, la qualité de l’eau se dégrade. À Vaubourgueil, malgré un paysage bocager plutôt préservé, des pics de concentration de nitrates sont constatés au captage. Il devient prioritaire d’agir. Les terres sont achetées par la régie des eaux des Coëvrons, et remises en prairies.

Marie PLET, Chargée de protection de la ressource en eau - Régie des eaux des Coëvrons :

Elle achète les terres qui sont situées sur l'aire d'alimentation du captage. Elle les propose à des agriculteurs qui sont situés autour de ce captage. L'objectif, c’est de ré-enherber toute l'aire d'alimentation de captage. Une solution pour maintenir une bonne composition du sol et la qualité de l'eau.

Les actions

Voix-off : la Bazouge de Cheméré, à deux pas d’une zone naturelle sensible. Germain Goujon, est agriculteur bio depuis son installation en 2011. 70 vaches allaitantes, 50 hectares pour la culture de céréales, et autant en prairies naturelles. Une partie de ses terres, autour de 2 captages d’eau potable, appartient à la régie des eaux et à la Communauté de Communes du Pays de Meslay Grez . Il est en location. Mais ce n’est pas tout. Ici, un autre dispositif est en place pour améliorer la qualité de l’eau potable : des cultures tests, expérimentales. 12 producteurs se sont lancés dans ces essais innovants.

Germain GOUGEON - Agriculteur bio - La Bazouge de Cheméré :

L'idée, c'est de faire l'intensification végétale et d'avoir toujours des plantes à pousser toute l'année, de réduire les temps où le sol est nu par des plantes qui peuvent être innovantes, par des techniques de travail du sol qui changent un peu. Les actions du syndicat d'eau nous confortent et nous permettent d'avancer un peu plus vite et d'avoir un cadre aussi aux essais. C'est super intéressant.

Marie PLET - Chargée de protection de la ressource en eau - Régie des eaux des Coëvrons

On a pu planter des haies son exploitation. Ça permet aussi de maintenir des sols en place, en bonne santé, qui filtrent, qui améliorent la qualité de l'eau.

Voix-off : dans l’est mayennais, 8 captages prioritaires sont sous surveillance, autour des communes d’Evron et Meslay du Maine, en Mayenne, Sillé-le-Guillaume dans la Sarthe. 100 agriculteurs sont concernés, 50 font partie d’un réseau de référence, et 12 testent les essais agronomiques, comme Germain et Dominique. Il est producteur de porcs, et de céréales sur 80 hectares, porte-parole des agriculteurs

Dominique PILON – Agriculteur - Torcé-Viviers-en-Charnie (53) :

Il faut de plus en plus qu'on soit dans la maîtrise de nos intrants. Et ça, honnêtement, déjà, les trois quarts des agriculteurs le font. C'est difficile aussi d'aller vers l'inconnu. On a une économie d'entreprise à avoir et on se doit d'être prudent.

Marie PLET - Chargée de protection de la ressource en eau - Régie des eaux des Couëvrons :

C'est un travail de négociation. Il faut savoir être à l'écoute des agriculteurs, comprendre leurs préoccupations. Et puis mettre en perspective aussi les préoccupations de la collectivité. On a vraiment cette notion de confiance mutuelle. La clé pour réussir ce genre de projet.

Voix-off : chaque projet est donc bâti en concertation avec les élus, les agriculteurs, les experts de de l’environnement, de l’eau. Il est encadré par un contrat territorial.

Corinne MOREL - Chargée d’interventions agricoles - Agence de l’eau Loire-Bretagne :

Le contrat territorial, c'est l'outil de l'agence pour contractualiser avec différents partenaires qui souhaitent intervenir au niveau des sources de pollution. La base de tous les contrats, c'est la préservation de la ressource. C'est communiquer et sensibiliser au maximum les acteurs autour, pour justement améliorer la qualité de l'eau

Voix-off : les chantiers du dernier contrat ont coûté 1 million 8 000 000 euros, financé à 60 % par l’agence de l’eau Loire-Bretagne, 20 % par le département de la Mayenne et 20% par les services d’eau des 3 collectivités.

Communication et sensibilisation

Marie PLET - Chargée de protection de la ressource en eau - Régie des eaux des Coëvrons :

L'objectif, c'est vraiment de faire comprendre aux enfants que l'eau qui coule au robinet, c'est l'eau qui est sous nos pieds.  On m'a dit que sous mes pattes, il y avait de l'eau. Tu le savais toi ? Ce sont vraiment les paysages qui entourent les enfants, qui nous entourent tous, qui conditionnent la qualité de l'eau.

Guy BARRIER - Président - Syndicat Intercommunal d’Adduction d’Eau Potable, Sillé-le-Guillaume (72) :

On a aussi ciblé les jeunes avec toutes les écoles du secteur, on a mobilisé 300 élèves pour un concours d'étiquettes sur les bouteilles. Ce sont souvent nos jeunes qui vont donner le message à leurs parents. Ils ont un regard différent sur ce qu'on peut faire tous les jours pour protéger l'eau…

Voix-off : la Régie des eaux des Coëvrons gère la production, la distribution, le transport, la protection de la ressource en eau pour 28 000 habitants de 29 communes.

Régis LEFEUVRE – Président - Régie des eaux des Coëvrons :

Il faut continuer sur cette lancée. C'est un travail de longue haleine. Les agriculteurs sont prêts à nous aider.C'est vraiment un travail coopératif. On ne peut pas y arriver sans eux. Je pense que ce sera aussi une nouvelle piste pour l'avenir : aller voir les privés pour qu’ils puissent nous aider à avancer pour améliorer cette qualité de l'eau…

Les perspectives

Voix-off : Bilan : les taux de nitrates n’augmentent plus sur 4 des 8 captages. Depuis 2016, chaque année, 250 hectares de couverts végétaux multi-espèces ont été semés et 14 km de haies bocagères ont été plantées.

Corinne MOREL - Chargée d’interventions agricoles - Agence de l’eau Loire-Bretagne :

Les perspectives, c'est de poursuivent, d’être plus ambitieux, de cibler peut-être plus d'actions pour justement améliorer la qualité de l'eau

Régis LEFEUVRE – Président - Régie des eaux des Coëvrons :

L’eau, c'est vital pour tous les habitants, qu'ils soient urbains, qu'ils soient ruraux. On sait que l'eau, c'est la vie.

Exemples en vidéo, partout en France

En immersion, le média des agences de l'eau
La chaîne YouTube officielle des agences de l'eau : reportages et portraits de professionnels engagés partout en France pour préserver l'eau et les milieux aquatiques.

Dans le bain de l'action
Une playlist de 13 vidéos à la rencontre de professionnels engagés dans des projets de préservation de la biodiversité et de la ressource en eau, partout en France.

Agence de l'eau Loire-Bretagne
La chaîne officielle de l'agence de l'eau Loire-Bretagne : retours d'expérience, actualités et actions pour préserver l'eau et les milieux aquatiques sur le bassin Loire-Bretagne.

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