Préserver des micromammifères semi-aquatiques

Le syndicat du bassin de l’Oudon, en partenariat avec l’association Mayenne Nature Environnement, s’engage à préserver le campagnol amphibie et la musaraigne aquatique, deux espèces menacées présentes dans le bassin versant de l’Oudon. L'inventaire et la recherche des conditions favorables à ces micromammifères semi-aquatiques permettront d’adapter les travaux de restauration de cours d’eau à venir pour mieux les préserver.

Mieux connaître les habitats des espèces menacées

L'objectif du syndicat de bassin versant de l'Oudon est d'améliorer les connaissances pour mieux protéger les espèces menacées sur son territoire. Il propose, en réponse à l’appel à initiatives biodiversité 2017 de l’agence de l’eau Loire-Bretagne, une étude novatrice pour rechercher la présence deux micromammifères protégés au plan national. Il s'agit de préciser les secteurs où vit le campagnol amphibie et de mieux connaître les milieux favorables à la présence de la musaraigne aquatique.

L'étude met en évidence le rôle de bio-indicateurs de ces espèces pour la qualité et le fonctionnement des milieux aquatiques, identifie les menaces et facteurs de perturbation, et les conditions pour préserver leurs habitats. Des éléments précieux pour préserver ou restaurer leurs milieux de vie lors des travaux de restauration de rivières réalisés par le syndicat pour contribuer à l’atteinte du bon état des eaux.

Le campagnol amphibie

Campagnol amphibie

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© Gilles Aumage - www.sainte-baume.fr

Le campagnol amphibie (Arvicola sapidus) est un rongeur semi-aquatique protégé par un arrêté du 15 septembre 2012. Caractéristiques : 20 cm de long - queue de 10 cm - 200 grammes.

Son observation est difficile mais il laisse des traces qui témoignent de sa présence : crottes, terriers, réfectoires, empreintes, coulées et galeries....

Il vit dans des berges plus ou moins abruptes, recouvertes d'un épais couvert d'herbes, mais suffisamment meubles pour pouvoir creuser son terrier. Celui-ci possède en général une entrée en milieu terrestre au-dessus de la surface de l’eau, et une entrée aquatique. Elle lui permet de fuir ou de se déplacer en toute discrétion.

Des variations trop importantes des niveaux d’eau peuvent ennoyer ce terrier et mettre en péril les jeunes.

Il apprécie particulièrement le jonc, les graminées, les roseaux et le cresson.

La musaraigne aquatique

Musaraigne aquatique

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© Daniel Sirugue - www.bourgogne-nature.fr

La musaraigne aquatique (Neomys fodiens) est protégée par un arrêté du 23 avril 2007. Caractéristiques : tête et corps d'environ 7 à 10 cm - queue de 5 à 7 cm - de 12 à 18 grammes.

C'est une indicatrice de la bonne qualité de milieu aquatique car elle se nourrit principalement d'invertébrés aquatiques (crustacés, vers...) sensibles à la qualité chimique de l'eau.

Elle aime les berges de cours d’eau de plus de 1,5 m de haut avec des pentes variables où elle peut établir son terrier.

Son domaine vital est composé d’une partie terrestre et d’une partie aquatique d'une surface maximale de 500 m2.  Il s’étend sur une bande de moins de cent mètres de long sur 1 à 2 m de large. Ses déplacements peuvent atteindre jusqu’à 160 mètres.

Une méthode innovante sur la base d'analyses génétiques

La méthode choisie pour étudier la présence de la musaraigne aquatique et du campagnol amphibie consiste à :

  • composer un échantillon de tronçons de berges de cours d’eau homogènes de cent mètres de long,
  • à  rechercher des traces et des indices de présence,
  • à poser des tubes, pièges à excréments et à poils, en vue de faire des analyses génétiques,
  • à décrire les milieux prospectés,
  • à analyser et interpréter les résultats.

Indices de campagnol Amphibie

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© Mayenne Nature Environnement - M. Perrin

Pièges à crottes et à poils

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© Mayenne Nature Environnement - M. Perrin

L'étude est réalisée en partenariat avec Mayenne Nature Environnement. Le Groupe de recherche et d’étude pour la gestion de l’environnement, spécialiste de l’étude et de la conservation des mammifères et de leurs habitats, réalise les tests génétiques afin de déterminer les espèces retrouvées dans les pièges.

Le coût total de l'étude s'élève à 10 000 euros dont 80 % bénéficient d'une subvention de l'agence de l'eau Loire-Bretagne, dans le cadre de l'appel à initiatives biodiversité lancé en 2017.    

Des enseignements utiles pour mieux gérer les rivières

Pour le campagnol amphibie,sur les 50 stations prospectées, la présence du rongeur est confirmée sur 4 stations. Un tiers des stations présente des habitats en bon état de conservation et favorables à cette espèce : zones humides, de marais ou de queue d’étang, à proximité de cours d’eau peu encaissés avec des berges meubles permettant l’installation d’une végétation herbacée dense. Modifier les modes de gestion pourrait permettre à une dizaine de stations de devenir plus favorables et favoriser l'extension du campagnol.

Pour la musaraigne aquatique, les 10 stations comportant des pièges à poils ou à excréments, ont été visitées par des sangliers, des lapins ou par des micromammifères plus communs. Les analyses génétiques n'ont pas révélé sa présence sur les petits secteurs étudiés, dans un laps de temps assez court, de l'Oudon et du Chéran (en l'absence d'accord des propriétaires tous les secteurs prévus n'ont pas été étudié). Des recommandations sont faites pour favoriser la présence de cette espèce rare et méconnue.

Toutes les actions sur la biodiversité, réalisées en 2017-2018 par le syndicat du bassin de l'Oudon dans le cadre des contrats territoriaux et de l'appel à initiatives biodiversité, ont été présentées en décembre 2018. Les élus du syndicat et les maires des communes concernées y ont vu un grand intérêt.

Un syndicat engagé pour la biodiversité

Le syndicat de bassin versant de l'Oudon est depuis longtemps soucieux de la biodiversité. Il suit la présence sur son territoire d'espèces comme les passereaux, les libellules, le martin pêcheur, le castor et aussi des mollusques d'eau douce. Ces suivis servent à ajuster les travaux en fonction de la biodiversité déjà en place sur les sites.

Évoluer vers la conservation d’habitats

Les connaissances recueillies sont un bénéfice pour l’avenir et permettent de mieux avancer sur les menaces pesant sur ces deux mammifères sensibles à la disparition de leur milieu de vie : zones humides, marais ou queues d'étang à proximité des cours d'eau. Les travaux de restauration des milieux aquatiques à venir sur le bassin de l’Oudon seront adaptés afin d’améliorer la qualité de leurs habitats.

« Une bonne connaissance de la biodiversité permet d'avoir une action pertinente pour préserver les milieux aquatiques et les zones humides connexes. Au-delà des espèces emblématiques des cours d'eau, il est important de s'intéresser à l'ensemble des espèces sensibles, afin d'assurer une meilleure cohérence dans les conseils de gestion et le maintien d'espèces trop peu étudiées à l'heure actuelle. Cette étude a été l'occasion, au travers de méthodes de suivi indirectes, d'appréhender toutes les difficultés de mise en évidence de la présence de plus petites espèces, particulièrement sensibles à l'évolution des milieux. »

Magali Perrin, chargée d’études naturalistes à Mayenne Nature Environnement

 

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